Rêve d’une Guilde

 

Réunir des artisans d’art et des artistes oeuvrant dans une direction stylistique commune.

 

LE CADRE.

 

La valeur décorative des objets du XVIe siècle est essentiellement due à la richesse de leur décor. Point de décor, point de style. Le gueux a la même écuelle en bois depuis le Moyen-âge jusqu’au XVIIIe siècle ; l’objet simple traverse les siècles inchangé, il échappe à la succession des styles. Il est parfois très beau. L’art populaire au XVIe siècle ne comporte quasiment jamais de décor. L’abondance du décor dépasse à la Renaissance les considérations esthétiques et est avant tout le reflet d’une position sociale. Plus on est haut placé, plus les objets dont on se sert, les vêtements que l’on porte, les présents que l’on offre sont chargés, voire parfois surchargés de détails, de finesses, d’ornements. La Renaissance est le fait des princes. Jamais peut-être en occident a-t-on vu les objets être inondés de décor sur toutes leurs surfaces comme à la Renaissance. En un mot, la Renaissance est aussi celle de l’ornementation, dans son style, certes, mais aussi dans sa conception.

 

Pourquoi ai-je choisi la Renaissance ? Sans doute pas par identification élitiste à ces princes. Autant la présence de l'ornement me semble essentielle pour marquer le style, autant mon goût personnel ne va pas nécessairement vers les excès délirants de la surcharge. Je rechercherais plutôt la pondération et l'équilibre, comme je le développe un peu plus bas. Il me semble que cet attrait pour le XVIe et le premier tiers du XVIIe siècle réponde à un goût personnel excessivement marqué depuis de nombreuses années. Il se trouve que les objets et bâtiments qui m’attirent se révèlent presque toujours pouvoir être datés du XVIème siècle. J’y sens une forme d’équilibre puissant et de force élégante, notamment en France, que j’ai du mal à analyser, mais qui me sont certainement culturellement, et bien sûr chronologiquement, plus proches que les arts gréco-romains, mais aussi moins assujettis aux précieuses lignes du Louis XVI ou moins durement militaire que l’Empire, deux styles postérieurs importants réinterprétant eux aussi le lexique classique. Cet équilibre, cette force, confèrent à l’objet une certaine authenticité qui fait le charme inimitable des manoirs de campagne datant de cette époque, dès lors qu'ils comportent quelques éléments d'ornementation. Si l’on m’accorde un peu de lyrisme, je dirai que l’objet Renaissance n’est pas régi par le cadre qu’on lui impose. Il est lui-même à la fois cadre et ornement. Il est comme gonflé de l’intérieur. Sa force vient de son centre et l’artiste ne fait que l’accompagner, l’aider à devenir ce qu’il est déjà en puissance. Lors de la naissance de l’objet, le gonflement du carré, ou du cercle, fait apparaître les ornements qui lui sont propres. Ceux-ci peuplent alors les surfaces, les angles de tout un arsenal de mascarons, de grimaces, de têtes de béliers ou de moutons, d’effronteries païennes qui constituent un part du vocabulaire des grotesques.

 

Un militant pour l’ornementation ? Certainement. Je fais sans doute partie de ces âmes qui souffrent de ces surfaces nues imposées par le minimalisme au XXe siècle, le Bauhaus en tête. Retrouver un décor de surface, dessiné, peint, incrusté, marqueté, damasquiné… peu importe, mais que toutes les choses de la vie créées par l’humain, du dé à coudre à l’immeuble, soient le prétexte à l’embellissement par l’existence de zones, partielles ou intégrales, où règnent le raffinement et l’élégance de motifs choisis, soignés, répartis de façon équilibrée sur les surfaces, motifs dont la cohérence crée le style. Décor dessiné, dis-je, mais aussi  décor en relief, l’assise des plinthes, bases, pieds et piédouches, le soulignement des moulures et autres tores, astragales, cavets, doucines et scoties, le rythme des cannelures et godrons, le couronnement des corniches, entablements, frontons et dômes, ou encore l’animation des surfaces par le jeu entre ronde bosse, et haut, moyen ou bas reliefs. Bref, l’architecture, elle aussi assujettie au style. Et cette notion de style implique un lien avec l’histoire des ornements : un style fort, avec de puissantes racines, et non pas les arabesques aux bouclettes molles (depuis Matisse peut-être) et les grandes fleurs abâtardies qui ont envahi le « design » d’aujourd’hui. Non pas les emprunts de motifs affadis  pour couvrir des surfaces de plastique brillant, noir, rose vif, orange gueulard ou pire encore fluo. Ah le fluo ! Et ces aplats de couleurs saturées. Ma quête est de trouver un juste équilibre entre parties décorées indispensables et parties nues, entre les différentes zones de haut relief, de bas relief, denses ou aérées, et les zones de repos. Or, si vous supprimez à la fois les ornements picturaux et plastiques, cette recherche d’équilibre n’est plus possible puisqu’il ne reste que soit la matière, parfois belle, mais presque sans culture, en tous cas sans style, autoritaire, voire tyrannique, soit la forme, parfaite, froide, mathématique et désincarnée, qui intéressent tant l’art dit contemporain.

 

MON SOUHAIT : CRÉER UNE GUILDE.

 

Redonner vie aux arts décoratifs de la Renaissance, quoique cette période extraordinaire ne soit pas à la mode aujourd’hui.

 

Exposer ensemble.

De nos jours, la céramique se présente pour elle-même, isolément, lors d’expositions dans des galeries, des centres d’art contemporains… J’aimerais mélanger un peu les genres… et non les styles. Unir mes créations à celles d’autres gens dans un souci de complémentarité. Un pot finement ouvragé pris seul, sur un piédestal de galerie, est une chose. C’en est une autre de savoir le poser judicieusement sur une création de style proche, issue de la main d’un ébéniste inspiré, et de créer un dialogue stylistique sans heurts où l’une et l’autre des deux pièces présentées tire partie de la présence de sa compagne. Cabinets de curiosités, créations textiles, orfèvrerie d’argent ou d’étain, réunis par une même volonté stylistique. Artistes relieurs, créateurs utilisant les matériaux naturels ou nobles de l’époque, or, bois, ivoire, verre, soie, corne, écaille, corail… on oublie l’acier brossé, les plastiques, les tissus imprimés… S’unir pour exposer ensemble et créer des décors cohérents.

 

Œuvres mutualisées.

Inventer des alliances entre objets. Inventer des alliances entre les créateurs. Utiliser les compétences des uns et des autres au service de la création d’un même objet faisant appel à différents corps de métier. Dans ce cas, chaque pièce a un maître d’œuvre, concepteur unique que les autres viennent aider par leurs contributions. Et chacun sera le maître d’œuvre de pièces différentes, faisant intervenir les autres, en forme de sous-traitance, pour les parties qu’il ne peut lui-même réaliser. Créer ainsi des collections ayant toutes la même référence historique. Que chaque pièce soit une création originale, donc contemporaine, quoique de style « non contemporain ». Il ne s’agit en aucun cas de reconstitution historique, de copie, de production de faux, ni de terne plagiat.

 

Précédent.

Il y a trente ans, je découvrais la confrérie des PréRaphaélites. Ces artistes, des peintres, un sculpteur et un poète, m’ont touché par ce désir de retour à des valeurs esthétiques (et littéraires) révolues, périmées, à la recherche d’une forme de beauté que l’Angleterre victorienne ne leur offrait pas. Après l’éclatement du groupe, l’idée est reprise par William Morris et d’autres artistes, dont les productions seront appliquées, non plus au domaine des beaux arts, mais à celui des arts décoratifs, où tout, des tissus d’ameublement aux carreaux de faïence, des meubles aux vitraux d’une maison, tout obéirait à la règle de l’utilité honnête (l’art pour tous), et de la présence du décor. C’était la naissance du mouvement Arts and Crafts. L’idée m’a plu.

Ils tiraient leur inspiration du Moyen-âge et de la poésie post-Romantique. Mon orientation stylistique concerne le XVIe siècle, et non l’époque médiévale. Mais je me sens tout seul sur mon île Renaissante.

 

Pour exposer ou produire ensemble, CREONS UNE GUILDE.

Contactez-moi pour que nous unissions nos talents.                                                                                           Retour à l'index.